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I - INTRODUCTION : LA CROISSANCE TUMORALE
II - LES PRINCIPAUX AGENTS MITOTIQUES
III - PRINCIPES DE LA POLYCHIMIOTHERAPIE
IV - ESSAIS THERAPEUTIQUES
ANNEXE 1: TABLEAUX DES PRINCIPALES TOXICITES DES ANTIMITOTIQUES
De manière générale, la croissance tumorale s'effectue suivant un mode sensiblement linéaire, décrivant une courbe dont la pente variable, d'une tumeur à l'autre, est le reflet du temps de doublement cellulaire.
Ce temps de doublement cellulaire est lui-même fonction d'un certain nombre de facteurs, au premier rang desquels se place le cycle cellulaire. Celui-ci comporte essentiellement deux périodes actives et une période de repos.
La période active se compose elle-même de 4 phases bien distinctes :
| - phase G1 : cette phase post-mitotique survient immédiatement après la mitose, c'est une période pendant laquelle la cellule synthétise l'ARN messager, les protéines, et de façon générale l'ensemble des éléments dont elle a besoin. | |
| - la phase S, succédant à la phase G1, est une période de synthèse des éléments nécessaires à la formation de deux cellules, notamment l'ADN. Ainsi, à l'issue de la phase S, la cellule a doublé sa quantité d'ADN. | |
| - la phase G2 est une phase pré-mitotique, dans laquelle se poursuit la synthèse de l'ARN et des protéines. | |
| - la phase M , enfin, correspond précisément à la mitose. Durant cette phase, les chromosomes se dédoublent, se séparent le long des éléments du fuseau, et s'effectue la scission de la cellule en deux cellules filles toutes deux identiques à la cellule tumorale initiale. |
La période de repos ou G0 comprend des cellules suceptibles d'entrer dans le cycle à tout moment.
Ainsi à l'issue des 4 phases actives du cycle cellulaire, les cellules nées de la cellule tumorale initiale ont une double possibilité :
| - soit de nouveau s'engager dans le cycle actif de division cellulaire ; | |
| - soit s'engager dans la phase G0, au cours de laquelle la cellule, momentanément au repos, n'assure que des synthèses protéiques minimales nécessaires à sa survie ; | |
| - enfin, face à ces deux catégories cellulaires (cellules en cycle et cellules temporairement au repos) certaines cellules peuvent définitivement perdre la capacité de se diviser et mourir, souvent notamment par défaut de vascularisation et nécrose cellulaire secondaire. |
La rapidité de la croissance tumorale va donc être en grande partie déterminée :
| - d'une part par la durée du cycle cellulaire ; | |
| - d'autre part par le nombre de cellules engagées dans le cycle cellulaire par rapport au nombre de cellules temporairement au repos, en phase G0. Cette dernière notion peut être quantifiée par l'index mitotique mesurant le rapport entre ces deux populations cellulaires. | |
A) LES MECANISMES D'ACTION : |
Certains médicaments anti-cancéreux sont dits "cycle dépendant" : ils sont actifs sur toutes les cellules, à condition que celles-ci soient dans le cycle cellulaire. Ils sont à l'opposé inactifs sur les cellules en G0. Parmi ces médicaments, on retient par exemple les agents alkylants (Cyclophosphamide).
D'autres médicaments anti-cancéreux n'agissent que sur des cellules se trouvant à une phase donnée du cycle cellulaire. Ces agents sont dits "phase dépendant". C'est le cas par exemple des poisons du fuseau (Vincristine).
Avant l'administation des médicaments "phase ou cycle dépendant", il est intéressant que le maximum de cellules se trouve dans le cycle cellulaire, et ne soit donc plus en phase G0. Ceci est réalisé par un phénomène dit de "recrutement" qui consiste à faire entrer des cellules temporairement au repos dans le cycle cellulaire. Ceci est possible par réduction du volume tumoral grace à un traitement chirurgical, radiothérapique ou chimique (par exemple Adriamycine).
Si l'on donne un médicament "phase dépendant", il est nécessaire que le maximum de cellules soit dans cette phase. Le terme utilisé ici est celui de "synchronisation". Celle-ci est possible grace à l'administration d'un médicament bloquant les cellules à une phase déterminée avant l'administration du 2ème produit "phase dépendant".
En cas de chimiothérapie combinée, la séquence la plus favorable est donc :
| * un produit recrutant les cellules en G0 (exemple Adriamycine) ; | |
| * un produit synchronisant bloquant les cellules en phase M (par exemple dérivé de la Pervenche ou Podophylotoxine), ou en en phase S (par exemple Méthotrexate) ; | |
| * un ou plusieurs produits "phase dépendant". |
B) CLASSIFICATION DES MEDICAMENTS ANTI-CANCEREUX |
Le mécanisme d'action est une première manière de classer les médicaments anti-cancéreux. Ceci est résumé d'une part sur le tableau figurant à la fin, ainsi que sur le schéma du cycle cellulaire qui répartit les cytostatiques en fonction de leur action dans les différentes phases du cycle.
Une seconde classification sélectionne 4 grandes familles de médicaments en fonction de leur mode d'action cellulaire. Ce sont les agents alkylants, les antimétabolites, les antibiotiques et les antifusoriaux.
Ses principaux effets secondaires résident en réactions allergiques de type hypersensibilité, toxicité hépatique et pancréatique (possibilité de diabète), et troubles de l'hémostase (hypofibrinémie, diminution de l'anti-thrombine III).
III - PRINCIPES DE LA POLYCHIMIOTHERAPIE |
A quelques rares exceptions près, l'emploi d'un seul médicament anti-cancéreux ne permet pas d'obtenir de guérison ou de rémission durable de la tumeur sensible, malgré l'obtention au début du traitement d'une régression tumorale spectaculaire voire complète. Cet échec est dû notamment au développement spontané de résistance à l'agent utilisé.
L'association d'anti-cancéreux, à l'origine empirique ou surtout guidée par le faible nombre de substances disponibles et actives sur une tumeur donnée, a permis d'augmenter la fréquence, l'importance et la durée des rémissions.
La conception et la réalisation d'une polychimiothérapie repose sur une amélioration de l'index thérapeutique par rapport à une monochimiothérapie: un gain de l'efficacité sans augmentation pour autant des effets toxiques ou une diminution de cette toxicité par l'utilisation de posologies moins élevées de chaque médicament.
A) MAJORATION DE L'ACTIVITE |
L'association d'anti-cancéreux vise à obtenir un effet cyto-toxique :
La démonstration des effets anti-tumoraux additifs ou synergiques est relativement aisée expérimentalement sur cultures cellulaires, mais pratiquement impossible chez l'homme. Donc, pour les associations comportant plus de deux agents anti-cancéreux, la caractérisation de tels effets ne pourra se faire qu'avec des études randomisées comparatives. Les principes généraux de réalisation de polychimiothérapie se fondent donc sur des résultats expérimentaux cliniques.
B) ADDITIVITE DES EFFETS SUR LE CYCLE CELLULAIRE : SYNCHRONISATION ET RECRUTEMENT |
La synchronisation a pour but de bloquer spécifiquement les cellules à une phase du cycle cellulaire. Elle est obtenue par l'administration initiale d'un anti-cancéreux. Les cellules s'accumulent ainsi tout au niveau d'une même phase puis progressent dans le cycle cellulaire de façon synchrone. Elles deviennent alors beaucoup plus sensibles à l'action d'un second cyto-toxique fortement "phase dépendant".
L'administration d'un premier cyto-toxique bloque toutes les cellules en phase G1 qui arrivent de façon synchrone en phase S où elles sont sensibles à un deuxième cyto-toxique (phase S dépendant) entraînant une destruction accrue des cellules tumorales.
C) NON-ADDITIVITE DES EFFETS INDESIRABLES : |
Les polychimiothérapies anti-cancéreuses, en terme d'activité anti-tumorale, n'ont de sens clinique que si l'augmentation de l'activité anti-tumorale est acquise sans majoration excessive des effets toxiques. Certains principes généraux ont été dégagés. Il faut :
D) ABSENCE DE MECANISME DE RESISTANCE CROISEE CONNUE |
L'existence de résistance de novo ou acquise constitue la principale cause d'échec de la chimiothérapie anti-cancéreuse que cette résistance soit primaire, ou plus souvent secondairement acquise.
La réduction de l'acquisition et/ou du degré de résistance peut être obtenue par :
AU TOTAL, ces principales notions vont finalement conduire à déterminer des protocoles thérapeutiques qui auront tous en communs :
IV - ESSAIS THERAPEUTIQUES |
- 1 - Essais phase I |
Le but d'un essai de phase I est de définir la toxicité d'une drogue chez l'homme après que celle-ci ait été établie chez l'animal et qu'une activité anti-tumorale ait été démontrée, également chez l'animal (habituellement la souris).
En règle générale, ces essais débutent à une dose égale à 1/10 de la dose létale chez l'animal. Ils concernent de petits groupes de patients (3 à 6) chez lesquels sont procédés à des augmentations progressives de dose jusqu'à ce qu'apparaissent des signes de toxicité et que puisse être ainsi définie la Dose Maximale Tolérée (DMT).
Les études de phase I sont toujours réalisées dans un premier temps chez l'adulte. Elles sont secondairement étendues à l'enfant lorsque la DMT a été établie et débutent alors à 80% de cette DMT. Elles ne testent pas l'efficacité des drogues. Elles ne sont réalisés que chez des patients auxquels on ne peut par ailleurs offrir aucune thérapeutique à visée curative. Leur risque n'apparaît pas particulièrement élevé (2,4% de décès toxiques sur une cohorte de 577 enfants enregistrés dans des essais de phase I aux Etats-Unis).
- 2 - Essais phase II |
Les essais de phase II ont pour but d'évaluer l'efficacité d'une drogue donnée sur un type précis de tumeur.
La drogue testée doit avoir fait l'objet d'une étude préalable de phase I permettant:
Le plus souvent, ces essais concernent des groupes de 15 à 25 patients qui présentent obligatoirement une tumeur mesurable. Ces enfants ont fréquemment reçu, préalablement, de nombreux traitements susceptibles d'induire de multiples résistances aux anti-mitotiques. De plus, leur maladie étant évolutive malgré les thérapeutiques antérieures, l'essai s'adresse, à priori, à des affections de moins bon pronostic. Les résultats doivent donc être interprétés avec beaucoup de prudence: une drogue peut se montrer inactive chez ce type de patients alors qu'elle serait efficace chez des enfants n'ayant au préalable reçu aucune autre thérapeutique.
Néanmoins, en règle générale, on peut considérer que lorsqu'aucune réponse n'est observée chez 15 patients consécutifs, les chances d'observer une efficacité de 20% de la drogue sont inférieures à 5%.
- 3 - Essais de phase III |
Le but des essais de phase III est de démontrer une différence d'activité entre 2 types de traitements
Ceci explique que ces essais doivent être:
Les résultats de ces essais peuvent s'exprimer en:
Ce type d'essai thérapeutique est devenu absolument indispensable pour progresser sur le plan thérapeutique, qu'il s'agisse d'améliorer l'efficacité des traitements (ex: LAL) ou de diminuer la toxicité thérapeutique lorsque les résultats sont déjà considérés comme satisfaisants (ex: LMB 96)
| PRODUITS | EFFETS SECONDAIRES |
|---|---|
| MECHLORETHAMINE-CARYOLYSINE(r) | GI: nausées - vomissements GU: oligo ou aménorrhée - azoospermie HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hyperuricémie AUTRES: alopécie |
| CYCLOPHOSPHAMIDE-ENDOXAN(r) | GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée GU: oligo ou aménorrhée - azoospermie cystite hémorragique - insuffisance rénale HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hyperuricémie - hyponatrémie - rétention hydrosodée AUTRES: alopécie - fibrose pulmonaire - insuffisance cardiaque - secondes tumeurs |
| IFOSFAMIDE-HOLOXAN(r) prévention de la cystite hémorragique | GI: nausées - vomissements GU: tubulopathies cystite hémorragique - insuffisance rénale HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: anomalies électrolytiques NEURO: somnolence - désorientation - coma - convulsions |
| MELPHALAN-ALKERAN(r) | CUT: dermite GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hypocalcémie AUTRES: alopécie - fibrose pulmonaire |
| BUSULFAN-MISULBAN(r) prévention des convulsions | CUT: pigmentation pseudo-Addisonienne GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée GU: oligo ou aménorrhée - azoospermie - lithiase rénale HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: cholestase - ictère - maladie venoocclusive METAB: hyperuricémie NEURO: coma - convulsions AUTRES: fibrose pulmonaire |
| BCNU - CCNU | GI: nausées - vomissements - mucite GU: insuffisance rénale chronique HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: insuffisance hépatique METAB: hyperuricémie NEURO: coma - convulsions AUTRES: alopécie |
| CISPLATINE-CISPLATYL(r) surveillance hydroélectrolytique et ORL | GI: nausées - vomissements - mucite GU: tubulopathie - insuffisance rénale HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hyperuricémie - hypokaliémie - hypomagnésémie - hypocalcémie ORL: hypoacousie - surdité NEURO: neuropathies périphériques - céphalées - convulsions |
| CARBOPLATINE-PARAPLATINE(r) surveillance hydroélectrolytique et ORL | GI: nausées - vomissements - mucite GU: tubulopathie HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hyperuricémie - hypokaliémie - hypomagnésémie - hypocalcémie ORL: hypoacousie - surdité NEURO: neuropathies périphériques - céphalées |
| PRODUITS | EFFETS SECONDAIRES |
|---|---|
| METHOTREXATE surveillance métabolique | CUT: éruption GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée GU: insuffisance rénale HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: insuffisance hépatique METAB: hyperuricémie NEURO: arachnoïdite - leucoencéphalopathie AUTRES: alopécie - allergie - fièvre |
| 6-MERCAPTOPURINE-PURINETHOL(r) | GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: cholestase - ictère METAB: hyperuricémie |
| 6-THIOGUANINE-LANVIS(r) | GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: cholestase - ictère METAB: hyperuricémie |
| 5-FLUOROURACILE- 5-FU(r) | CUT: éruption - érythème palmo-plantaire - prurit GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hyperuricémie NEURO: syndrome cérébelleux AUTRES: toxicité cardiaque - photosensibilité - alopécie |
| ARACYTINE-CYTARABINE(r) | CUT: éruption GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: insuffisance hépatique METAB: hyperuricémie NEURO: neuropathie périphérique - arachnoïdite AUTRES: photosensibilité - kératite - conjonctivite - fièvre - alopécie |
| PRODUITS | EFFETS SECONDAIRES |
|---|---|
| BLEOMYCINE | CUT: rash - hyperpigmentation GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée NEURO: hyperesthésie - céphalées AUTRES: Pneumopathie - fibrose pulmonaire - fièvre - alopécie |
| ACTINOMYCINE D LYOVAC(r) | CUT: érythème - desquamation - hyperpigmentation GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie AUTRES: alopécie - phlébite |
| DOXORUBICINE-ADRIBLASTINE(r) surveillance écho | CUT: hyperpigmentation GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie AUTRES: insuffisance cardiaque - alopécie - fièvre - photosensibilité |
| DAUNORUBICINE-CERUBIDINE(r) surveillance écho | CUT: rash GI: nausées - vomissements - mucite - diarrhée GU: coloration rouge des urines HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: ictère AUTRES: insuffisance cardiaque - alopécie - fièvre |
| PRODUITS | EFFETS SECONDAIRES |
|---|---|
| VINCRISTINE-ONCOVIN(r) | GI: nausées - vomissements - mucite - constipation - iléus HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: insuffisance hépatique METAB: hyperuricémie - secrétion inappropriée d'ADH NEURO: neuropathie périphérique - ataxie - atteinte nerfs crâniens - crampes AUTRES: alopécie |
| VINBLASTINE-VELBE(r) | CUT: dermite GI: nausées - vomissements - mucite GU: aspermie - aménorrhée HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie METAB: hyperuricémie - secrétion inappropriée d'ADH NEURO: neuropathie périphérique AUTRES: alopécie |
| ETOPOSIDE-TENIPOSIDE | GI: nausées - vomissements - mucite HEMATO: leucopénie - thrombopénie - anémie HEPAT: insuffisance hépatique NEURO: neuropathie périphérique AUTRES: alopécie |
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